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Rythmes scolaires : à qui profite la semaine de 4 jours ?

Clichy (Hauts-de-Seine ). Huit instituteurs sur dix préfèrent enterrer la réforme des rythmes scolaires, selon une consultation menée au printemps par le syndicat majoritaire SNUipp.

Dans une école sur trois, la réforme décriée des rythmes scolaires ne sera plus qu'un souvenir à la rentrée. Une bonne nouvelle pour les adultes, moins pour les enfants.

Cette année, la cloche de la rentrée sonnera aussi un enterrement de première classe : celui de la réforme des rythmes scolaires. Dans presque une école sur trois (31,8 %), on ne travaillera plus le mercredi matin, et les TAP, ces activités périscolaires instaurées par la réforme de 2013, ne seront plus qu'un souvenir. Presque 37 % des communes ont en effet saisi l'opportunité, offerte par un décret du nouveau gouvernement cet été, de tirer un trait sur l'une des réformes les plus décriées sous Hollande. On efface tout, et on recommence ! Mais à qui profite ce changement ?

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Aux communes. Non seulement les mairies économisent un budget conséquent en revenant aux quatre jours, mais elles se délestent aussi d'une série de casse-tête : l'incertitude sur le maintien des subventions de l'Etat, les difficultés à recruter des animateurs ou à harmoniser les transports entre des écoles aux horaires différents... « Tout était compliqué, pour un résultat pas très probant », estime le maire (PS) de Sarcelles (Val-d'Oise), François Pupponi. Dans sa commune, on escompte « 500 000 € d'économies par an ». C'est dans les zones rurales que le retour aux quatre jours est le plus massif : 96 % des municipalités sont concernées en Corse, 85 % en Lozère.

Aux enseignants. Huit instituteurs sur dix préfèrent en finir avec la réforme, selon une consultation menée au printemps par leur syndicat majoritaire, le SNUipp. « La semaine de quatre jours était perçue comme un acquis social par les professeurs : leur demander de revenir le mercredi a été mal perçu en 2012 », observe un spécialiste du dossier. « Ce n'est pas le principe même du mercredi qui pose problème, mais la manière dont la réforme a été mise en œuvre, nuance Francette Popineau, porte-parole du SNUipp.

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> Un tiers des écoles choisissent un retour à la semaine de 4 joursLes collègues n'ont pas constaté de bénéfices pour l'apprentissage des élèves : ce qu'ils gagnaient d'un côté le mercredi matin, ils le perdaient tous les autres après-midi de la semaine. Les enfants étaient tellement excités quand ils revenaient en classe après leurs activités du midi qu'ils n'étaient plus capables de travailler correctement. »

Pas toujours aux familles. « Les quatre jours, ce n'est pas partout le choix des familles », constate Gérard Pommier, président de la fédération de parents d'élèves PEEP. Le point de vue des parents semble assez partagé, selon la réalité locale. S'ils ont été nombreux à se plaindre de la fatigue de leurs enfants, surtout en maternelle, beaucoup ont aussi apprécié l'organisation d'activités souvent gratuites.

La réforme semble aussi avoir eu des effets positifs pour les femmes salariées, selon une étude publiée en avril par l'Institut des politiques publiques. Une partie, surtout les plus diplômées, sont revenues travailler les mercredis, ce qui a esquissé un début de rattrapage des inégalités au travail entre hommes et femmes.

Pas aux enfants. Certes, il n'existe pas d'évaluation montrant un effet de la réforme sur les résultats des élèves. Mais des études scientifiques ont évalué les différences d'attention et de capacité d'apprentissage des enfants selon les moments de la journée. Sur ce terrain, les spécialistes s'accordent sur un point : « La semaine de quatre jours est le pire des rythmes possibles », résume le chrono-psychologue François Testu, qui plaide pour un étalement plus harmonieux des jours de classe.

Actuellement, l'emploi du temps des petits Français est l'un des plus resserrés d'Europe, avec 162 jours d'école par an. Ceux qui vont repasser à la semaine de 4 jours tomberont à 144 jours.

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Commentaires: 1
  • #1

    Le rital (dimanche, 25 février 2018 17:05)

    Nous à Blois, ce sera à 4 jours pour la rentrée 2018. et tant pis si c'est le moins bon des scénarii (selon l'article) pour les enfants, pour les femmes (qui veulent et ou doivent travailler). Et tant pis aussi à l'égalité des chances grâce à l'école, tel que le souhaitait un certain "Jules Ferry". Petit rappel pour les personnes qui auraient oublié qui était ce personnage : Le fondateur de l'école publique et laîque, qui constituait selon lui, "le Socle Républicain". Ne vous inquiétez pas, ça date du milieu du 19 ème siècle. Ouf, c'est loin. Il défendait aussi un vieux concept, heureusement banni de nos "cerveaux-individualistes-consuméristes" : L'Intérêt général. Sans compter non plus, un concept mathématique : Si les enfants sont moins longtemps à l'école, ils bénéficieront de moins de temps d'apprentissage. 20 % des élèves en 6ème ont des grandes difficultés à lire... rendez-vous au prochain sondage !